La Bretagne se caractérise par son nombre élevé de ports où se mènent une ou des activités liées à la mer et qui comptent en terme d’emplois: transports, pêche, nautisme, loisirs... Marque identitaire des villes et des Pays Bretons, ces villes-ports chargés d’histoire, situés en fond d’estuaires ou de ria, ou ouverts sur le large, ont façonné la Bretagne au fil du temps. Un riche patrimoine y compris vivant et une industrie, disparue en partie, avec la construction de bateaux et des usines de conserverie sont là pour en témoigner. Mais cette urbanité, qui s‘est organisée notamment à partir de besoin de défense et de transports, s’est trouvée chahutée depuis les années 1960 .Force est de constater que la vocation première du port au sein de la ville s’est estompée au profit de nouveaux secteurs d’activités (la gare avec l’arrivée du rail, les quartiers HLM, les zones économiques en périphérie…) pour ne devenir qu’une source de loisirs et de villégiature avec un accroissement de la plaisance et des résidences secondaires.

Bateaux EtelRelier la ville à la mer et réintégrer le port dans la ville pour en faire des lieux de vie à l’année et des centres d’activités économiques à forte valeur ajoutée ne sont pas chose facile lorsque l’on sait que l’attractivité du littoral est très forte. 12% de la population française y réside et la tendance qui se dégage est à la hausse pour les prochaines décennies notamment en Morbihan. Et il nous faut malgré tout préserver le patrimoine maritime et côtier. Le lien avec l’espace mer, lieu de ressources alimentaires et potentiel pour les transports, les matières premières et l’énergie est à faire en prenant en compte le vivant: il y a l’eau, la flore et la faune marine. Effectivement il faut bien voir la mer comme un monde vivant en opposition à celui qui le surplombe et qui est plutôt matériel et technique, surtout lorsque le nombre de bateaux en surface n’est utilisé que quelques jours par an. Cette approche environnementale est à considérer comme un atout et non une contrainte : économique, scientifique, écologique… C’est un aquarium de plein air qui nous ouvre sur le Monde.

Cela amène à s’interroger sur la réappropriation de ces espaces : socialement, culturellement voir sportivement mais surtout industriellement, en dépassant la seule vision touristique. Cela doit conduire à retravailler les passerelles à créer avec et dans la ville. Avoir un port dans sa ville doit amener à construire en cohérence avec les autres quartiers et se dire que ce port est un atout de développement urbain et économique et de création de richesse comme peut l’être le centre ville ou la gare avant de se déporter en périphérie, en zone d’activités. Une ville-port est dynamique s’il y a de l’emploi sinon ce n’est qu’une carte postale, qu’un cadre à offrir aux yeux mais cela ne suffit pas à remplir les estomacs. Un port c’est aussi un point de départ et d’arrivée en termes de transports, d’échanges commerciaux. Oui vraiment il nous faut collectivement dépasser la seule approche de plaisance, de loisirs et de commerces qui nous domine aujourd’hui.

Pont de St goustanCette approche globale a été la notre à la ville d’Auray lorsqu’à St Goustan les travaux nécessités après l’effondrement d’une partie du quai Franklin a obligé à repenser les usages du port. Nous l’avons fait à partir des activités présentes, en terme d’accès, de circulation, de stationnement, de mise en valeur pour rendre le port aux piétons et aux habitants du quartier et de la ville, aux usagers du port (plaisanciers, commerces, transports voyageurs…), pour recréer une proximité avec l’eau, la mer qui a façonné la ville tant d’un point de vue patrimonial que social et économique. Nous avons aussi travaillé à protéger les espaces terrestres et marins d’un même mouvement en proposant la création d’une aire de carénage car la qualité de l’eau de mer dépend beaucoup de celle qui s’y jette.

Cette approche globale doit également être celle que doit avoir demain la future intercommunalité du Pays d’Auray en voie de constitution. Au regard du nombre de ports dans le Pays d’Auray, qui offre une capacité de plus de 4 500 amarrages (pour une bonne part pour la plaisance,) et des 100 km de frange côtière auxquels s’ajoutent les îles d’Houât, Hoédic et Belle Ile, il y a un grand besoin de réfléchir pour faire de nos ports des zones d’avenir écologiquement responsables. Cela oblige à dépasser les schémas actuels de mono activités de loisirs. Pour y parvenir je propose que cette nouvelle intercommunalité élabore un schéma directeur de développement, d’aménagement et de gestion de ces ports, qui intégrerait un schéma de carénage (localisation, gestion, techniques, politique des déchets…), avec tous les acteurs concernés y compris les écoles professionnelles que sont les lycées Emile James et Maritime Aquacole d’Etel, et le centre AFPA d’Auray.