Toujours est-il, après les pigeons, ces patrons des start-up et non ces bisets qui habitent nos villes (pas facile de s’en défaire par ailleurs), que les grands patrons du CAC 40, ils seraient quatre vingt dix huit, sont montés au créneau pour exiger aussi leur part du gâteau, histoire de rappeler que le pouvoir d’ordonnancer le monde ça ne se partage pas. Pour eux, sans le dire, les 35 heures et la Sécurité Sociale, notre modèle social bâti avec des services publics de proximité seraient la cause de tous nos maux, pire ils entameraient la compétitivité des entreprises françaises. Et le fameux rapport Gallois, qui n’est pas encore remis mais connu de tous semble t’il, en rajoute. Il ne s’agit pas de confusion ni de réduire le débat entre les partisans du choc de compétitivité et ceux du pacte du même nom, ou encore de dire où mettre le curseur pour déterminer le montant des cadeaux à accorder, non, le MEDEF et ces supporters mènent tout simplement un combat de classe pour préserver leur pré-carré. Ils se moquent éperdument du vote à gauche des français, le pouvoir politique quel qu’il soit est là pour les servir : eux d’abord, tel est le mot d’ordre. Aussi le véritable choc serait de voir ce gouvernement répondre à leurs exigences.

Se référer sans cesse aux contraintes imposées par la compétition insufflée par le libéralisme et la mondialisation devient un alibi justifiant toutes les reculades ; cela permet aussi de ne pas s’interroger sur les fondements de cette idéologie économique qui nuit au bien être des peuples et menace notre planète. Pauvreté, misère, exclusion et déliquescence des liens sociaux résultent des politiques de dérégulation mises en œuvrent depuis les années 1980 ; ceux qui en sont les fervents défenseurs non seulement se refusent à prendre en charge les problèmes qui en découlent mais l’interdissent aux politiques en exigeant d’eux une baisse drastique des dépenses publiques. En cela les budgets de l’Etat et de la Sécurité Sociale, actuellement soumis aux parlementaires, en portent la marque. En refusant de s’attaquer au système financier qui gangrène notre société, le gouvernement n’œuvre pas pour plus de justice comme il prétend le faire ; il ferait bien de s’inspirer de Jaurès qui a dit que « l’abstention de l’Etat, il ne faut point se le dissimuler, c’est l’abandon à tout jamais de ceux qui souffrent ». Aujourd’hui je salue l’action des parlementaires du PCF/Front de Gauche qui par leur vote restent conformes à l’engagement pris lors des campagnes présidentielles et législatives : servir l’humain d’abord.

Le projet de loi instaurant « le mariage pour tous » fait débat. En soi il n’y a pas de mal à ça, dans une démocratie toutes les opinions doivent s’exprimer. Dans le moment présent, je ne partage pas l’attitude des églises, il me semble qu’elles s’engagent dans un combat d’arrière garde, avec d’ailleurs une partie de la droite, que l’on a qualifiée de réactionnaire en d’autres temps, et l’extrême droite. IL est vrai que la dépénalisation de l’homosexualité n’est pas si lointaine que cela et c’est la Gauche qui l’a fait en 1981. L’émancipation de l’être humain ne peut se concevoir pleinement que lorsque les conditions sont créées pour que chaque individu, quel que soit son sexe, sa religion, ses pensées politiques et philosophiques, puisse construire sa vie d’homme et de femme en toute liberté, sans domination et discrimination aucune. Pour cela la République proclame et affirme par la loi l’égalité de droit, et c’est au regard de ce principe que la question du « mariage pour tous » doit être abordée, en dehors de toute considération religieuse donc, comme l’a été la laïcité au début du siècle dernier. Cette question est, à mes yeux, indissociable des luttes pour la laïcité, les droits du travail ou de vote pour les femmes.

De plus accorder à toute personne humaine un droit c’est s’engager à la mettre en état d’exercer ce droit par un ensemble de garanties qui renforce l’égalité et la liberté. Aussi un élu, quel qu’il soit, se doit de célébrer un mariage entre deux personnes de même sexe, non pas seulement parce que la loi va lui dire ou l’autoriser à le faire mais parce que ce n’est que justice et qu’affirmer les Droits de l’Homme et du Citoyen à savoir qu’ils naissent libres et égaux en droits. Tout comme ce couple doit pouvoir constituer légalement une famille avec des enfants, avec ce que cela induit en termes de droit et de devoir. Opter pour l’interdit, pour se donner bonne conscience ou ne pas froisser, c’est une posture hypocrite car dans un monde libéralisé de toutes contraintes rien n’empêche un couple de se rendre dans un pays étranger où la loi est plus tolérante, ouverte sur les réalités humaines, pour répondre à son désir d’enfant. Enfin si pour procréer il faut un homme et une femme, il faut bien plus qu’une famille pour élever un enfant. C’est là tout l’enjeu des services publics pour répondre aux besoins de santé, d’éducation, de garde… n’est-ce pas ! Et pour cela la loi est plus que nécessaire.

Un proverbe de tradition orale africaine dit « il faut un village pour élever un enfant ». Alors construisons le ensemble.