Nul ne peut rester indifférent lorsque des violences sont perpétrées à l’encontre des personnes ou des biens. Mais lorsque l’on réagit dans l’immédiat, lorsque l’affect domine la raison, pour rassurer et montrer une certaine réactivité, il y a lieu à être prudent quant aux réponses apportées. Attention à faire naître plus de problèmes qu’il en est vraiment, à renforcer les sentiments de peur et à favoriser les rejets et les replis sur soi. Attention à faire valoir des solutions toutes faites, qui vont dans le sens de ce que veulent entendre les populations, sans que celles-ci en mesurent la gravité pour eux même, et qui conduisent à l’acceptation involontaire de réduction des libertés fondamentales. Attention aux analyses raccourcies, qui dédouanent les vrais responsables des situations de violences, et qui amènent à ce que les collectivités locales, faute de réels moyens, se tournent vers des solutions plus proches d’une logique marchande que d’une approche régalienne et républicaine de la sécurité publique.

Caméras rueIgnorer que notre société est minée par le libéralisme qui produit de la délinquance, à bas et à haut niveau surtout, et alimente les ferments de la violence et de l’extrémisme raciste et xénophobe, c’est se tromper de diagnostic et par conséquent de solution. La violence trouve d’abord sa source dans la misère, le chômage de masse, les bas salaires et basses retraites, la précarité grandissante de l’emploi, les inégalités et les discriminations qui frappent les plus faibles, l’échec scolaire. C’est donc à tout cela qu’il faut s’attaquer en premier lieu.

Aussi la vidéo-protection n’est pas l’alpha et l’oméga de la politique de sécurité à mener dans une commune. Sa mise en place éventuelle ne devrait pas conduire à se désengager des autres actions contribuant à la sureté, à la tranquillité publique. Malheureusement, il en résulte bien souvent que les Collectivités Locales basculent les financements des actions de prévention vers l’investissement d’équipements lourds, aux coûts élevés pour des résultats faibles, controversés (ex : la ville de St Etienne où 1,3 M € d’investis dans la vidéo-protection pour 254 faits délictueux constatés soit 1,2% de tous les faits relevés sur une année).

Je ne crois pas à la solution miracle de la vidéo-protection. Protéger un bien et surveiller des personnes, leurs faits et gestes, ce n’est pas la même chose. Si la pertinence de la vidéo-protection est démontrée dans les endroits clos pour protéger des édifices et des équipements publics précis (par exemple le terrain de football synthétique et les vestiaires de Ty Coat à Auray), la pertinence d’un déploiement à tout va n’est pas démontrée. De toute Video protectionévidence, elle n’est pas adaptée à toutes les situations : la caméra est fixe et la délinquance est mobile, se déplace, se déporte. Cela s’appelle l’effet plumeau. Même reliée à un centre de supervision, avec une présence d'opérateurs 24h/24 h, son efficacité reste limitée en terme de réduction des faits délinquants; ce qui conduit d’ailleurs certaines villes à modifier les usages de la vidéo-protection, pour sanctionner le stationnement par exemple. Elle n’est qu’un outil parmi d’autres, qui doit être associée à un ensemble de mesures qui parfois sont moins coûteuses et toutes aussi efficaces. De bonnes clôtures, le remplacement de clés par des badges nominatifs, un meilleur éclairage, la mise en place d’alarmes reliées à des services de police sont autant de dispositifs qui, associés à une présence humaine renforcée, participent à la sécurité.

Si la dissuasion est une chose à ne pas négliger, la prévention reste la voie à privilégier. Il faut prioriser le financement d’éducateurs, de médiateurs, d’emplois de police de proximité qui renforcent le lien social, qui encadrent la jeunesse. La présence de services publics et collectifs de proximité est indispensable à la cohésion sociale. Par exemple, une maison de la justice et du droit, une maison relais, une épicerie sociale et solidaire sont autant d’outils indispensables qui, avec les associations qui les animent, renforce le vivre ensemble. Enfin la sureté est aussi affaire de citoyenneté, il importe d’organiser le débat sur le sujet ; à ce titre je rappellerai ici ma proposition faite aux municipales de 2014 d’avoir un débat annuel au Conseil Municipal sur cette question.