Pour le ministre du travail, Michel Sapin, cette loi « fera date dans l’histoire de nos relations sociales, elle contribuera à renforcer notre compétitivité et donc l’emploi en France, tout en s’inscrivant dans la filiation des lois améliorant les droits des salariés ». Oui elle va faire date car elle acte le principe que la norme préfigure la loi, que le Parlement ne peut modifier ce qu’ont négocié les « partenaires sociaux ». Cela prépare des lendemains difficiles pour les retraites, l’assurance chômage… Je crains fort que le détricotage des droits des salariés va se poursuivre sauf si...

La mise sous pression des salariés a belle et bien commencé et l’on voit naître dans nombre d’entreprises des chantages à l’emploi, qui amènent même les salariés à se battre entre eux comme cela a été le cas il y a peu à la SBFM de Caudan. Des salariés qui font grève contre d’autres salariés : mais où sont donc les revendications ? Tout comme Sarkozy, le nouveau Président de la République, aidé en cela par certains parlementaires, divise les français, les dresse les uns contre les autres ; et il y a fort à craindre que ce clivage conforte les mécontentements qui font les choux gras du FN.

Il faut se méfier des mots : il n’est nullement question de « sécurisation de l’emploi ». Comme l’a dit B Thibault de la CGT « le contenu du paquet n’a rien à voir avec ce qui est écrit sur l’étiquette ». Il s’agit plutôt d’une loi de flexibilisation de l’emploi et des salaires qui fait la part belle au MEDEF et brise des décennies de conquête sociale. Laurence Parisot jubile d’ailleurs, elle qui a dit que « la vie, la santé, l’amour sont précaires, pourquoi le travail échapperait à cette loi » et de rajouter que « la liberté de penser s’arrête là où commence le code du travail ». Comment peut-on en effet prétendre que l’emploi est sécurisé lorsque :

• les règles de licenciement sont facilitées, que ce n’est plus le code du travail qui s’applique mais l’accord d’entreprise voir ce qu’aura décidé le patron (sous réserve d’homologation de l’administration) ;
• l’employeur n’a plus à justifier une cause réelle et sérieuse aux licenciements ;
• les institutions représentatives voient leurs droits limités ;
la mobilité interne devient obligatoire sous peine de licenciement pour motif personnel si le salarié la refuse ;
• le CDI intermittent se voit renforcé ;
l’impunité des employeurs est élargie, les procédures de contentieux sont rationalisées avec des délais raccourcis pour réclamer son du et les indemnisations sont devenues forfaitaires ;
• les éléments du contrat de travail peuvent être modifiés : le salaire et la durée du temps de travail deviennent des variables d’ajustement sinon c’est la porte…

Il est certes dit que des dispositions sont favorables aux salariés, que ces derniers auraient obtenus des droits nouveaux mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Il en est ainsi de la complémentaire santé mais pas avant 2016 et au profit des assurances à but lucrative (le choix de l’assureur revient à l’entreprise donc au patron et non plus à la branche) et la couverture est à minima (en dessous de ce que la Sécurité Sociale estime nécessaire pour la Couverture Maladie Universelle Complémentaire). Autre disposition, l’encadrement du travail à temps partiel (qui doit encore être négocié) avec l’instauration d’une durée minimale de 24 h, mais les conditions de mise en œuvre sont telles que « lorsque l’activité ne le permet pas » la majorité des salariés, dont les femmes, seront exclus de cette mesure.

Cette question centrale de sécurisation de l’emploi, première préoccupation des français, abordée lors de la conférence sociale de l’an dernier et qui a fait l’objet de négociations entre « partenaires sociaux », est à replacer dans son contexte. Un an après l’élection de François Hollande, le bilan est loin d’être à la hauteur des espérances : la déception domine, le changement promis n’est pas au rendez-vous. L’année passée est marquée par :

• Une politique d’austérité imposée par Bruxelles en application du Traité de Stabilité, de Coordination et de Gouvernance que Hollande avait promis de renégocier et qui ne l’a pas été ;
• Le refus du gouvernement d’examiner le projet loi sur l’amnistie des syndicalistes débattu et voté par la majorité de gauche du Sénat, prolongeant ainsi la criminalisation de l’action syndicale menée sous Sarkozy ;
• La création du Crédit Impôt Compétitivité et Emploi qui accorde de nouveaux cadeaux aux patrons sans contreparties et qui ne bénéficie que trop peu aux entreprises industrielles (5 milliards d’€ sur les 20 redistribués) ; Les cadeaux successifs accordés aux patrons n’ont guère améliorés l’investissement productif, l’emploi et les salaires, la recherche et le développement et encore moins la compétitivité ; ça se saurait ;
• La non-promulgation de lois concernant les licenciements boursiers, la revente d’une entreprise rentable menacée de fermeture, de nouveaux droits aux salariés ;
• Les chiffres du chômage qui se succèdent et qui ne sont pas bons : + 1500 chômeurs chaque jour, 6 millions d’inscrits à Pôle emploi, avec des jeunes qui n’ont pour seul horizon la précarité et la retraite à 70 ans.

Le discours où il était question de lutter « contre la précarité qui frappe avant tout les jeunes, les femmes et les salariés les moins qualifiés » a été mis sous le manteau. Le Président de la République et son gouvernement ont été plus prompts à céder aux sirènes patronales pour qui le travail doit contribuer à la seule création de valeur pour l’actionnaire. A la question de savoir qui du travail ou du capital il faut sécuriser, ils ont fait le choix du second.

Comment accepter que des élus de Gauche (le sont-ils ?) peuvent dire que pour vivre mieux il faut gagner moins, il faut moins de salaire socialisé ? Ce n’est pas le coût du travail qu’il faut réduire, c’est celui du capital. Pour le Front de Gauche la priorité c’est le partage des richesses créées par le travail et c’est possible: depuis 1960 les salaires ont été multipliés par 3 et les dividendes par 20. Et malgré la crise, les dividendes versés aujourd’hui se maintiennent voir progressent, ils représentent 13 % de la masse salariale totale versée aux salariés soit l’équivalent de 3 millions d’emplois. Alors de l’argent il y en a ! Les salariés n’ont pas à payer pour les fauteurs de crise qui s’en foutent plein les poches.

Plus que jamais l’irruption des salariés sur le terrain social est impérative mais on assiste encore à une forme d’acceptation. Celle-ci trouve ses raisons dans la division syndicale, les choix libéraux du gouvernement qui donne l’image de poursuivre la politique de la droite, le fait que des organisations syndicales de salariés partagent l’idée qu’il n’y a pas d’autre alternative aux exigences du patronat et que des parlementaires ont renié leur engagement à défendre le faible contre le fort, à faire la loi.

La bataille des idées à mener pour rassembler, mobiliser est ample mais ce n’est pas le moment de céder, de faire le dos rond, non au contraire la riposte est à l’ordre du jour. Le mépris ça suffit ! Que nos vacances soient reposantes et propices à la réflexion pour que demain le changement de cap soit celui de l’espérance.