Voilà en quelques mots posées la problématique et la question aux parents d’élèves d’une école d’Auray. Elles ne sont ni plus ni moins celles que les enseignants avec leurs organisations syndicales ont porté aujourd’hui par la grève, notamment la nécessité de se concerter et non celle de se voir imposer une réforme quand bien même que l’objectif soit partagé.

Beaucoup de questions en suspens donnent le sentiment que cette réforme des rythmes scolaires est précipitée. Récemment retoquée par le Conseil Supérieur de l’Education, elle se situe dans le cadre général de la « Refondation de l'école » lancée par le ministre de l’éducation nationale. Je me félicite de voir la priorité à l'école primaire affirmée avec la création de milliers de postes (précédemment supprimés par la Droite). Toutefois, cette refondation est à mon sens totalement parasitée par la réforme des rythmes scolaires qui se dessine dans le flou et le désordre. Au départ, le ministre annonçait le retour de la semaine à 4,5 jours avec une journée scolaire allégée et mieux articulée avec les temps péri-éducatifs pour qu’aucun enfant ne soit hors de l’école avant 16H30. Cette approche, que j'épouse, est conforme aux études et analyses des rythmes de l’enfant. De nombreuses expertises montrent la nocivité de la semaine de 4 jours imposée en 2008 par le ministre de l’époque. Elles disent surtout que le meilleur aménagement pour les enfants de 6 à 11 ans est celui d’une semaine de 4,5 jours avec le samedi matin à l’école, que pour les plus jeunes la pause méridienne doit être comprise entre 1 heure 30 à 2 heures et correctement adaptée avec la possibilité de sieste. Et qu’il faut agir sur les rythmes annuels !

En vérité, les heures d'enseignement ne seraient réduites que de 30 à 45 minutes en moyenne par jour, pour parvenir à trouver 3 heures à reporter le mercredi (le samedi si dérogation) à la rentrée 2013. La portée des activités péri-éducatives du ministre s’en trouve bien réduite et les questions du personnel encadrant et du respect du rythme biologique de l’enfant restent posées, d’autant plus qu’il est question d’assouplir les normes d’encadrements desdites activités. Des règles revisitées par mesure d’économie et mettre un peu d’huile dans les rouages face à des collectivités locales réticentes: le passage d’un animateur pour 10 enfants de moins de 6 ans à 1 pour 14 et d’un animateur pour 14 enfants de plus de 6 ans à 1 pour 18. Ces activités péri- éducatives ne seront pas obligatoires, ni forcément gratuites pour les familles si l’on en croit les consignes données aux maires par le ministère. Tout dépendra donc des ressources des communes d’autant que l’Etat n’envisage une aide qu’au démarrage : 50 € par élève pour la seule année 2013 alors que l’Association des maires chiffre la dépense à 150 €. Cette réforme peut générer de fortes inégalités territoriales, entre communes riches qui auront les moyens d’offrir des activités périscolaires, culturelles ou sportives de qualité et les autres, moins fortunées, où malheureusement le nouveau temps se transformera en simple garderie.

De plus, dans bien des cas, au vu de ce qui se dessine déjà ici où là, ces activités se feront durant la pause méridienne qui sera rallongée en conséquence. Selon la chronobiologiste, Claire Leconte, « la pause méridienne est une des plus compliquées à organiser correctement par les collectivités. Les activités proposées à ce moment-là ont plus tendance à énerver les enfants qu’à leur proposer la relaxation nécessaire. Cette période nécessite des personnels particulièrement bien formés et soucieux du rythme de l’enfant. Un allongement trop important ne rend donc pas service aux enfants, sauf si on leur propose suffisamment de lieux, pas uniquement le préau ou la cour de récréation, pour profiter de ce moment pour bouquiner, ne rien faire, faire des jeux collectifs calmes, regarder un documentaire etc… Si ces conditions ne sont pas réunies, aucune reprise attentionnelle n’est possible ensuite, au contraire ! Une longue pause méridienne de plus de deux heures n’existe nulle part ailleurs ! ». Ainsi nous irions à l’encontre de ce qui est recherché.

De nombreuses autres questions, qui touchent à l’organisation sociale et professionnelle des familles, ne peuvent être écartées d’une seule main au motif que l’intérêt de l’enfant prime : garde en dehors des structures municipales (grands parents, assistantes maternelles), activités culturelles et sportives supprimées le mercredi matin et reportées en semaine ou samedi, impacts sur la vie des associations et autres organisations, restauration scolaire le mercredi, transport, réorganisation de l’activité professionnelle (temps partiel, horaire de travail…).

Je pense qu'il faut se donner plus de temps pour organiser une réforme des rythmes scolaires réussie, pour tous les enfants et dans toutes les écoles. Cela doit se faire dans la concertation et le débat, dans la transparence et publiquement avec tous les acteurs impactés par cette réforme, en premier lieu avec les enseignants et les parents, tous les parents. En cela je salue l’initiative de cette école d’Auray qui par un questionnaire invite au débat. Certes, les rythmes peuvent être un élément permettant la réussite des élèves, mais seuls et sur la semaine, ils ne peuvent suffire pour lutter contre l’échec scolaire. Je crois que cela implique aussi que soient revus les programmes, que soient confortés et améliorés les dispositifs essentiels que sont les Rased et les remplaçants, la formation des maîtres, les possibilités de travailler en petit groupe, les effectifs des classes, l’accueil des élèves en maternelle, l’éducation prioritaire… C’est un tout.

En conclusion reporter sa mise en œuvre à 2014 c’est se donner ce temps du débat, du partage, de la co-construction nécessaire dans l’intérêt de tous.