Depuis des années, notamment depuis 1990, les EPCI ont contribué à développer et à renforcer les services publics collectifs locaux : réseau d’eau et d’assainissement, collecte et traitement des déchets, transports urbains, création et gestion de grands équipements dans le domaine du sport et de la culture, création de services sociaux… Au fil du temps les modes de gestion ont aussi évolué, pas toujours dans le bon sens. Les contraintes budgétaires et les règles administratives (code des marchés publics, mise aux normes…) ont pesé sur les choix ; les besoins d’expertises, de compétences techniques et juridiques ont conduit par choix politiques à recourir à des opérateurs privés via les Délégations de Service Public (DSP) ou les Partenariats Publics Privés (PPP). A cela s’ajoute la libéralisation des services publics qualifiés d’économiques par Bruxelles, à l’exemple des télécommunications, de l’énergie et des transports. Une nouvelle étape s’amorce aujourd’hui.

MarianneLa transformation accélérée de l’organisation territoriale menée depuis 2010 se caractérise par le passage d’une démarche volontaire des élus communaux de coopération choisie d’aménagement de leur territoire et de réponse aux besoins de leur population à une réorganisation étatique et forcée d’intégration dans l’économie globalisée et libéralisée. On nous explique que la mise en place de ces nouveaux « espaces de gouvernance », sur des périmètres d’action élargis, sont nécessaire pour disposer d’une assise favorable aux économies d’échelle, pour atteindre un seuil critique de compétences et de services et ainsi compter dans les dynamiques métropolitaines nationales et internationales. Et in fine, si l’on en croit toujours leurs auteurs, cela doit favoriser le développement de la compétitivité économique et l’attractivité des territoires, et bien sur réduire les dépenses publiques.

La métropolisation de notre pays est un fait réel ; mais il ne faut pas confondre la métropole au sens urbain et socio-économique du terme avec celle créée par la loi MAPAM de janvier dernier qui, à partir de seuil de populations, redessine des frontières territoriales et donne corps à de nouvelles institutions administratives et politiques. Il convient toutefois de voir que l’existence de l’une sert l’autre. Dans cette société globalisée qui se construit sous nos yeux, nos territoires vivent une mutation dont les finalités ne sont pas totalement perceptibles par les populations bien qu’elles en subissent les méfaits en termes d’emplois, d’habitat, de mobilité... Nous pouvons dire que la structuration de certaines villes, qu’elle que soit leur taille, s’est modifiée dans l’espace et le temps, à tel point que leur centre de gravité, d’intérêt, se déporte vers leur périphérie, voire au delà, où (re)naisse certaines des fonctions historiques des centres ville ou des centres bourg. Ces derniers ont bel et bien perdu leurs fonctions passées pour n’avoir que des fonctions commerciales et de services ciblées (banques, assurances, franchises), patrimoniales et touristiques. Il est bien loin le modèle traditionnel de la ville avec un centre doté de tous les services collectifs publics et privés de toutes natures, alors qu’il reste ancré dans la mémoire collective et est encore mis en avant pour penser l’urbanité de la ville. Il est d’ailleurs paradoxal de voir un élu fustiger le transfert des activités commerciales et des services publics en zone périphérique alors qu’il en est le partisan au travers des documents d’urbanisme et commercial qu’il adopte et des outils de maîtrise qu’il use, ou pas, au sein des collectivités dont il est membre. En cela l’évolution des zones d’activités d’Auray, de Crac’h et de Brec’h est emblématique : on y trouve « l’Hôtel » de l’intercommunalité, le centre de décisions d’aménagement et de développement du Pays d’Auray, mais aussi des éléments essentiels à la vie sociale des habitants tels que la CAF, des professions libérales, des commerces de proximité, des équipements sportifs et culturels publics mais aussi privés.

Une des données importantes à prendre en compte dans ce processus de développement métropolitain est de considérer que la ville bouge non seulement par l’étalement de son habitat, de ses propres réseaux viaires mais aussi par sa relation avec le développement économique et humain dans son environnement immédiat et plus lointain. Il ne s’agit plus ici de liens urbains mais de réseaux, de flux, de mobilité, de connexions dans un territoire formé de villes et de bourgs de plus en plus peuplés, parfois vieillissants, aussi distendus que multipolaires, voire ruraux avec d’autres territoires également constitués. Le Schéma de Cohérence Territorial (SCoT) du Pays d’Auray met en évidence cette évolution sans pour autant définir géographiquement notre territoire comme une métropole ou l’intégrer dans un Pôle métropolitain.

Carte du Pays d'AurayAlors, dans une économie globalisée, se posent à nous les questions suivantes. Le Pays d’Auray a t-il la capacité à nouer des liens, à se connecter aux différents réseaux d’échanges, matériels ou immatériels, économiques, scientifiques ou culturels qui l’entourent ? Si oui, avec qui et comment ? Est-il capable déjà d’être interconnecté en son sein, entre les organisations qui le composent : institutionnelles, économiques et sociales ? Comment demain, dans « ces espaces nouveaux », qui nous entourent, qui nous englobent, réinvestir son territoire, lui donner une identité, maîtriser son développement économique sans nuire à son développement social, sans externaliser et faire supporter de manière excessive les coûts des services aux usagers, ni accroître la fiscalité locale ? Comment être acteur et décideur au sein de son territoire lorsque les centres de décisions s’éloignent ?

Il est trop tôt pour voir si la création de la communauté de communes d’Auray Quiberon Terre Atlantique (AQTA) va y répondre et comment. La mutualisation peut apparaître comme étant la solution aux yeux de certains. La loi a d’ailleurs prévu que des schémas de mutualisation des services et des moyens soient définis au plus tard en mars 2015 pour ce faire. Le recours à l’outil « Société Publique Locale » (SPL) peut aussi être privilégié pour assurer la maitrise d’ouvrage publique sur un certain nombre de compétences transférées ou partagées, voire externalisées. L’élaboration d’un projet de territoire s’impose quant à lui. Toujours est-il que plus les centres de décisions sont éloignés, plus l’exigence de démocratie locale doit s’affirmer, être organisée. La gouvernance ne peut être la chasse gardée d’une élite mais ouverte sur la société. Il est bon de rappeler ce que l’on entend par ce terme « gouvernance ». Il s’agit de désigner les modes d’administration par l’institutionnel (le gouvernement, le conseil élu) et au delà par les acteurs de la société civile. Pour moi, l’intervention de la société civile dans ce cadre doit être organisée : chaque acteur doit relever d’une organisation, pour ne pas représenter que lui même mais un collectif dans lequel l’individu n’est pas ignorer mais participatif d’une démarche.

La loi ne fait pas tout ; l’aménagement de son territoire est avant tout affaire d’hommes et de femmes, et de leur engagement.