Les résultats du premier tour des élections régionales viennent de nous révéler une cruelle réalité. Oh, il ne s’agit pas de faire le naïf, de faire celui qui la découvre. Nombre de signes avant coureurs nous ont alertés ; mais ont-ils été entendus, les avons nous, les uns et les autres, entendus ? Certes, la situation de violence que connaît notre pays depuis janvier 2015, avec des attentats meurtriers, n’est pas sans conséquence. Il serait injuste de l’ignorer.

Pour autant, depuis 2012, nous sommes nombreux à Gauche à crier gare, dans le vide malheureusement. Il est juste en effet de dire que, tel un rouleau compresseur, la politique libérale du gouvernement actuel, à l’égale de ces prédécesseurs, porte en elle les germes de la colère. Elle écrase, ignore, relègue, et de fait nourrit le sentiment d’abandon, de rejet de l’autre, du politique, de l’élu surtout. Et de tout cela, la bête immonde s’en délecte.

Alors ! Que de cris d’orfraies, d’invectives comme pour exorciser le mal, au nom de la morale et du passé, de la République même. Et que dire de ces envolées de républicanisme qui valorisent la démission sans discussion comme porte de salut. Comme en l’an quarante, marche arrière toute. Oui la défaite, qui prend un air de débâcle, est amère, mais l’appel au sacré ne fait pas la Résistance. Brandir la menace de guerre civile, comme on a pu l’entendre aussi, n’est pas productif car cette guerre elle est déjà présente ; certains la nomment « contre le terrorisme » mais elle est avant tout économique et territoriale.

Ohé, citoyen prend garde à toi ! Vois-tu le danger venir! Et bien non. Crier au loup ne suffit plus. Sonner le rappel au clairon non plus. Le mal est entré, il s’accroche au corps tel un virus et malgré le vaccin, il se propage : de brèves de comptoir à la pause café au travail, en inflitrant les réseaux sociaux, il court, il court le FN. La dédiabolisation de ce parti, qui relève d’un mythe réel car il reste et restera un parti raciste et xénophobe, est d’ailleurs portée au pinacle par certains médias pour le rendre plus acceptable aux yeux des électeurs. Et ce n’est pas les réactions de dernières minutes qui peuvent changer la donne ; elles apportent plus d’eau au moulin qu’elles ne dressent de remparts.

Pire, ne nous dit-on pas, à coups de sondages, que les français trouveraient normal que le FN gère une Région. De là à ce que d’aucuns viennent à suggérer, voire à espérer, qu’il parvient au pouvoir pour montrer combien il est nocif ; et ainsi fort du résultat, de la catastrophe, l’électeur, le citoyen se reprendra, et lucide il entrera dans le droit chemin. Mais lequel, celui du libéralisme accentué ? Qui peut croire, que de ces ruines, la République peut sortir indemne.

Alors que faire ? Il y a un besoin urgent d’ouvrir le débat au regard de cette situation. Elle est bien bonne me direz vous, c’est ce que l’on dit à l’issue de chaque scrutin, surtout lorsqu’il nous est défavorable. A chaque jour suffit sa peine. Demain j’irai voter en mon âme et conscience ; et après demain, quel que soit le résultat, nous n’aurons pas d’autres choix que de se remettre autour de la table et de se parler, encore et encore, à Gauche malgré les plaies profondes. Oui, au moins se parler au sein de cette Gauche qui voit en l’humain la réponse à nos difficultés, non pour dresser des plans sur la comète ou préparer une autre échéance électorale, non, mais pour trouver la voie de la coopération dans la confrontation.