Print - copieLes arguments ne manquent pas pour nous vanter les mérites de ces compteurs dits intelligents. Ils doivent mesurer avec précision la consommation effective et fournir des informations sur le moment où l’énergie a été utilisée. De prime abord avoir des factures qui ne seront plus établies à partir d’une estimation de la consommation mais à partir de la consommation réelle est une bonne chose. Mais encore… ils permettront de réaliser de nombreuses opérations à distance: mise en service, dépannage rapide, envoi mensuel des factures, maîtrise de la consommation et changement de fournisseur, de puissance ou de tarifs (ah oui tout ça c’est possible !) … Et peut être pour les mauvais payeurs la coupure à distance mais cela n’est pas dit, là je suis mauvaise langue ! Enfin il vont contribuer à améliorer la surveillance de 1,3 million de kilomètres de lignes, d’accélérer et d’affiner les diagnostics en cas de panne, de mieux supporter le caractère intermittent de la production des éoliennes et autres centrales photovoltaïques. Tout cela sans dérangement et avec la rapidité de l’éclair. En somme il ne s’agit que de bonnes choses pour améliorer la qualité de service de distribution d’électricité … qui me permet de rédiger ce billet ! Que c’est beau la vie.

Mais ce que ne dit pas la chanson c’est: combien ça coûte, qui paye et à qui appartient ce nouveau compteur, et les services « offerts » par ce compteur seront-ils gratuits ? Pour Erdf, l’investissement à prévoir est de l’ordre de 4,3 milliards d’euros ; intégralement à charge d’Erdf selon le ministre Eric Besson grâce à des gains de productivité (il faut lire suppressions d’emplois : pas de relevés physiques, etc…). En réalité personne ne sait dire aujourd’hui comment financer cet investissement. Bon nombre d’experts parient sur une augmentation du Tarif d’utilisation des réseaux d’électricité (Turpe) payé par EDF et les autres fournisseurs qui le répercutent sur la facture, donc c’est l’abonné qui paye. Autre difficulté: la propriété des compteurs. On l’oublie souvent, les réseaux de distribution d’électricité appartiennent aux collectivités locales, Erdf les gère pour leur compte. Avec ce compteur Linky tous les services à distance ne seront pas gratuits. A la demande des abonnés, Erdf en fera payer certains tel que le suivi de la consommation journalière du foyer pour 3,50 € par mois selon certaines sources journalistiques. La Fédération Nationale des Collectivités Locales Concédantes et Régies va plus loin, elle estime qu’il en coûtera entre 1 et 2 € par mois pendant au moins 10 ans pour chaque foyer avec ou sans services supplémentaires. En clair ce Linky ne devrait rien apporter de plus qu’actuellement sauf si l’abonné souscrit un abonnement complémentaire portant sur des services autres qu’existants à ce jour, mais ce qui semble sur c’est l’abonné in fine qui en supportera le coût d’une manière ou d’une autre.

LinkyQue dire aussi sur le fait que ce compteur va relever des données, des informations détaillées sur le mode de vie des foyers. « Ce qui pose problème » dit la CNIL. L’ADEME dit aussi que si « le compteur Linky apporte un plus en terme de comptage et de gestion du réseau électrique, ses bénéfices pour le consommateur en terme de maîtrise de la demande restent très théoriques ». Les Associations de consommateurs ne sont pas satisfaites également ; l’UFC que choisir dit que les fonctionnalités de Linky sont plutôt « pensées par et pour Erdf et pas du tout au bénéfice des consommateurs ». L’ONG Robin des Toits vient par ailleurs de déposer un recours en Conseil d’Etat contre la généralisation de Linky. Le Président du Syndicat Intercommunal d’Energie d’Indre et Loir va plus loin : pour lui « laisser la question de la maîtrise de l’énergie aux seuls fournisseurs c’est se tirer une balle dans le pied, comment imaginer qu’ils mèneront des actions les privant d’une certaine marge ». D’autant plus qu’il existe des services innovants aujourd’hui à l’instar de celui développé par Voltalis qui ne coûte rien à l’abonné. Bon nombre d’élus questionnent le gouvernement et Erdf depuis des mois sur ces questions et les réponses tardent à venir. Moi même élu au Syndicat Départemental de l’Energie du Morbihan j’ai interpellé à plusieurs reprises le représentant d’Erdf du département 56 et les réponses données sont loin de me satisfaire car évasives.

Avec l’hiver qui approche d’aucuns nous tiendront des discours à la limite culpabilisateurs sur la surconsommation d’électricité, sur la nécessaire économie d’énergie ; les mêmes parfois qui votent à Bruxelles ou à Paris les directive et les lois qui dérégulent et libéralisent, qui ne pipent pas mot sur Linky. L’ensemble des questions relatives à l’Energie doit être débattu publiquement avec les citoyens et non décidé arbitrairement ou négocié sur un coin de table pour des circonscriptions législatives. La maîtrise publique, sociale et démocratique du secteur de l'Energie est seule garante de la transparence, de l'indépendance de l'expertise et de la qualité des installations et des exploitations. Un pôle à 100% public de l’énergie comprenant EDF, GDF, Areva et Total doit être créé. Cette nécessaire remise à plat des choix énergétiques dont le nucléaire (dans l’idée de trouver une alternative aux énergies fossiles et carbonées) appartient aux citoyens qui doivent la ratifier par Référendum.