Pour rappel cette étude, commanditée par le CODEPA avec l’aide de la Région Bretagne, vise à interroger les acteurs économiques et surtout politiques sur la nécessité de maintenir et de développer des entreprises de production créatrices d’emplois qualifiés et durables sur le territoire, par une diversification des activités économiques qui participe à un rééquilibrage en leur faveur. En effet le Pays d’Auray est dominé par une économie résidentielle portée par le tourisme et les services à la personne avec les conséquences que l’on connaît en termes d’emplois (précarité, saisonnalité), de salaires (bas salaires, faibles revenus), de démographie (le vieillissement s’accentue et les jeunes actifs migrent vers des territoires plus attractifs et accessibles foncièrement) et de foncier (raréfaction et coût élevé). La méthodologie retenue à été de réaliser des entretiens auprès d’un panel d’entreprises de la sphère productive industrielle, dynamiques et innovantes, afin de recueillir leurs attentes, leurs griefs à l’égard des décideurs politiques et leurs propositions de développement. Et que disent-ils ?

Photo gare d'AurayLes chefs d’entreprises interviewées ont souligné l’importance de la situation géographique du Pays d’Auray qui se trouve entre Lorient et Vannes, au sud du Morbihan, et qui offre un cadre de vie favorable à l’exercice du travail, au recrutement de cadres et de personnels à haut potentiel. Ils ont identifié deux éléments attractif et favorable au développement de leurs entreprises : l’arrivée de Bretagne Grande Vitesse et la création du Pôle d’Echange Multimodal à Auray (PEM), et le projet d’aéroport à Notre Dame des Landes (NDDL) pour l’export.

Leurs principales critiques portent sur :

• un déficit de balisage institutionnel, couplé à un manque de pilotage politique, et un accueil insuffisant voir inexistant, pour les aider à s’installer et à se développer ;
• les freins à l’installation (absence de pépinière d’entreprise, des loyers élevés et un foncier rare donc cher, y compris bâti)
la méconnaissance des élus et décideurs des métiers et des besoins des entreprises surtout celles se développant avec les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) ;
• l’absence de démarche structurée de fidélisation des entreprises ;
• les difficultés liées au Très Haut Débit qui manque cruellement dans les zones et ce à un coût accessible ;
• l’accès à du foncier rendu inaccessible car cher et rare, voir des urbanisations qui posent des problèmes de coexistence avec la population surtout pour les entreprises industrielles (construction de lotissement qui jouxte les zones, hybridation des zones où se côtoient des activités de services à la personne, de commerce, tertiaire avec l’industrie ce qui génère des conflits de déplacements et est porteur de risques) ;
l’absence de stratégie économique industrielle du territoire (pas de cohérence entre zones d’activités, identité et image floues du développement économique …) mais avec un positionnement touristique plus marqué par les élus, ce qui décourage les entrepreneurs.

Les propositions avancées par les entreprises sont de clarifier le balisage institutionnel à leur arrivée dans le Pays d’Auray, de développer un véritable parcours résidentiel pour fidéliser les entreprises, de développer des synergies fortes en termes de transport, de logistique, de formation, de filières et de construire une image économique forte à partir des atouts du territoire (paysage, mais aussi activités primaires…).

Photo usine industriePour les élus politiques présents le Scot et la création de la grande intercommunalité à partir de janvier 2014 constituent les pierres angulaires du futur développement du territoire. Il a néanmoins été dit, qu’au vu de la rareté du foncier et de l’impuissance à maîtriser son coût, le Pays d’Auray n’avait pas vocation à accueillir des entreprises industrielles consommatrices de foncier mais plutôt à faire venir des entreprises ciblées créatrices de valeur ajoutée peu gourmandes de foncier. Quelle gaffe !

Pour ma part j’ai rappelé que l’industrie, qui est au cœur du débat public aujourd’hui, pèse beaucoup en termes d’emplois qualifiés donc mieux payés (un emploi industriel = deux emplois marchand au minimum) et représente plus de 80 % de la Recherche&Développement en France. Il faut savoir aussi que l’industrie est très présente sur le territoire français (plus de 10 000 communes concernées par l’emploi qu’elle draine) et compte pour 80 % des exportations françaises. J’ai insisté pour que l’industrie alréenne ne soit pas sacrifiée à Auray et déportée ailleurs ; j’ai dénoncé de ce fait l’incohérence d’aménagement des zones « Porte Océane » qui siphonnent le commerce et l’activité de services à la personne du centre ville d’Auray, et qui consomment l’espace si rare, dont on a si besoin pour l’activité industrielle et celles liées aux NTIC, créatrices d’emplois qualifiés (les bâtiments construits sur un seul étage, voir deux, pour le tertiaire notamment alors qu’il est possible de densifier plus). J’ai enfin mis en évidence l’enjeu que représente le développement des activités de production sur notre territoire pour y installer des jeunes ménages et ainsi contrecarrer l’arrivée annoncée de fortes populations retraités dans les années à venir … et aussi apporter une réponse aux chômeurs dont le nombre ne cesse de croître dans le Pays d’Auray (+ 17 % en un an).