André

Ici, aujourd’hui, commence le grand livre de nos souvenirs communs, de nos souvenirs passés. Ces souvenirs nous prennent la main pour nous dire déjà combien tu nous manques.

Les réciter à la Prévert nous occuperait des journées entières, nous occupera dès ton pronom énoncé André, Dédé.

Te souviens-tu. Oui, bien sur.

Maintenant, je veille à ma tenue, plus question de tremper ma cravate dans la sauce des plats.

Souvenir, de ces parties de chasse, de bien autres choses encore. De nos joies et de nos peines partagées en famille.

Te souviens-tu, lorsqu’avec Gilbert, vous prépariez vos examens de lieutenant de pêche.

Maman corrigeait les fautes d’orthographes de vos rapports ; et vous utilisiez mon globe terrestre pour calculer la position de vos bateaux imaginaires.

Tu as passé une bonne partie de ta vie sur les flots. Cette vie de marin, tu l’as commencé très tôt, à l’âge de 16 ans, après l’école maritime à Concarneau. De tes premiers embarquements à Etel, sur le Coufra et le Baltazar, en passant par le Colonel Rémi, ton premier commandement, ensuite le Téviec, et pour finir sur les navires d’Escapêche à Lorient, tu as parcouru l’océan, braver les éléments.

Tu as même navigué avec tes frères Gilbert et Patrice, en partageant le même pont, celui du Poséidon.

Estimé des marins, de ceux qui ont navigué à tes côtés, de ceux qui t’ont côtoyé, apprécié de tes employeurs, tu aimais ton métier, mais tu en parlais peu.

La mer n’a rien d’un lac gracieux et généreux. Elle a failli t’engloutir un jour de pêche, lors d’une manœuvre avec le chalut du Rabelais, pour montrer à un jeune matelot comment faire.

Oui, tu n’étais pas expansif ; c’est un peu une marque de fabrique, on n’étale pas nos vies à l’envi chez les « Le Sauce ». Nous les garçons, lorsqu’il nous faut se confier, parler, c’est à notre sœur ainée, Georgette, que l’on s’adresse.

Peu de gens savent que tu es titulaire du mérite maritime pour avoir porté secours avec l’Aconit en 1995, la même nuit, à deux chalutiers en détresse, le Julien Quéré en feu et le Jean Germaine à la dérive. Trente hommes d’équipage sauvés, ce n’est pas rien.

Quand la retraite est venue, tu t’es fait, entre autre, livreur de bois avec tes frères Gilbert et Albert. Du gouvernail au volant du tracteur, le marin a conservé son âme de paysan. Il y aura sans doute dans des cheminées de Belz, et d’ailleurs, quelques bûches, passées dans tes mains, qui brûleront le soir de Noël prochain.

Du gouvernail au volant de ta C 15, le marin c’est fait bricoleur, jardinier, avec comme complice Roger. Qui sait que le jardin du presbytère d’Etel s’émerveillait de tes mains expertes ?

Etre bon, serviable, tel était ton crédo.

Il y a tant de choses à dire pour évoquer ta vie bien remplie que je ne dispose de temps pour le faire. Tu vas manquer, toi le tonton adoré, tel un papy, à Gauthier et à Elliot.

En ce mois de décembre 2015, ta vie pour toi s’est arrêtée à 67 ans. Il restera de toi ce que tu as donné, ce que tu as offert aux tiens, à ton épouse, Evelyne et à ton fils, Olivier.

Tu nous parleras plus, tu nous souriras plus, mais en nous tu seras toujours vivant.

Bon vent André. Kénavo Dédé.