Cette nouvelle carte intercommunale sera fondée sur les bassins de vie tels que définis par l’INSEE, à savoir : « sur le plus petit territoire sur lequel les habitants ont accès aux équipements et services les plus courants ». A partir de ce concept, le nombre d’établissement public de coopération intercommunale, communément appelé intercommunalité, passerait de 2145 aujourd’hui à près de 1700 en 2018.

Cette approche qui, de prime abord, semble pertinente écarte de fait le libre choix des élus et des populations pour peu qu’elles soient sollicitées, ce qui est loin d’être la règle. Il est vrai que toutes les réformes territoriales qui sont opérées actuellement conduisent à éloigner le citoyen des lieux de décision. Bigre, suppression de 11 Régions, de 95 Conseils Généraux et de 20 % des intercommunalités, on va passer du millefeuille à la galette en un éclair ! Au fait, et ma commune dans tout cela ? Ah, il est loin le temps où les socialistes dénonçaient le « big bang territorial » de Sarkozy de 2010. Le verbe était haut à cette époque mais l’encre a séché, la voix s’est adoucie et 2012 est passé par là. Puis 2014 … et là les voix manquent ! Mais c’est une autre histoire.

Mais qu’en serait-il pour la toute nouvelle intercommunalité Auray Quiberon Terre Atlantique (AQTA) qui vient juste de naître au 1er janvier 2014 et dont l’envol connaît quelques ratés. Pour rappel AQTA est constituée de 24 communes, s’étend sur 520,84 km² et compte plus de 83 000 habitants. Elle est le résultat d’une concertation entre les élus de ces 24 communes et opérée dans le cadre de la réforme territoriale de 2010. Elle est dirigée par un conseil communautaire de 56 membres élus en mars dernier.

Carte AQTA

Si nous nous reportons aux données de l’INSEE, force est de constater que la communauté de communes AQTA est constituée de plusieurs bassins de vie et empiète de fait d’autres intercommunalités, de Vannes et Grand Champ notamment. En effet nous voyons qu’Auray, Brec’h, Crac’h, Locmariaquer, Pluneret, Sainte Anne d’Auray et Saint Philibert forment avec Baden, Lamor-Baden, Le Bono, Plougoumelen et l’Ile aux Moines un bassin de vie de 12 communes dont 5 sont rattachées à la Communauté d’Agglomération de Vannes. Deux bassins de vie constitués d’une part des communes de Carnac, Ploemel, Plouharnel et La Trinité S/Mer, et d’autre part de Quiberon, St Pierre Quiberon, Houât et Hoëdic font partie intégrante d’AQTA. Mais les communes de Camors et de Plumergat sont rattachées respectivement aux bassins de vie de Baud et de Grand Champ. Et pour finir, Brandivy, membre d’une autre communauté de communes, est dans le bassin de vie que forment Pluvigner, Landévant et Landaul. Au vu de ces éléments, de mon point de vue, il serait insensé de défaire ce qui vient d’être fait. D’ailleurs la définition des bassins de vie peut interroger. Quelle est la pertinence de mettre l’Ile aux Moines à Auray alors que les navettes maritimes se font majoritairement depuis Vannes ? Et je pourrais pousser plus loin le questionnement quand on voit le découpage réalisé pour repenser les cantons il y a peu par le Ministre de l’Intérieur ; au fait, rappeler moi son nom, ah oui Valls.

Bien évidemment il ne manque pas de biens pensants pour considérer que la zone d'emploi, telle que définie par l’INSEE bien évidemment, serait la meilleure des pistes pour redessiner une nouvelle carte intercommunale. Une zone d’emploi est un espace géographique à l'intérieur duquel la plupart des actifs résident et travaillent, et dans lequel les établissements peuvent trouver l'essentiel de la main d'œuvre nécessaire pour occuper les emplois offerts. Ce zonage se fonde sur les flux de déplacement domicile-travail des actifs. C’est cette approche qui a conduit l’INSEE à rattacher la zone d’emploi d’Auray à celle de Vannes en 2011. Cette idée, pour moi, est à écarter aussi car elle ignore la spécificité du Pays d’Auray qui a sa propre histoire, et qui renforcerait une métropolisation institutionnelle qui éloignerait les populations des centres de décisions.

Dans cette affaire de recomposition territoriale, il y a en fait deux visions : celle qui ne vise qu’a réduire les dépenses publiques pour respecter les injonctions de Bruxelles, et celle qui me semble la plus juste, à savoir bâtir un territoire à partir des besoins des populations en les associant au débat et aux choix décisifs.