Dorénavant le conseiller départemental sera, à partir de 2015, l’élu qui remplacera le conseiller général. Les électeurs de ces nouveaux cantons éliront au Conseil Départemental (et non plus Général) par canton un binôme de deux membres de sexe différent au scrutin majoritaire à deux tours. Nul binôme ne pourra se présenter au second tour s’il n’a obtenu un nombre de suffrage égal au moins à 12,5% des inscrits.

Pour le Morbihan le nombre de cantons va donc passer de 42 à 21 pour 42 élus à parité homme/femme. Les nouveaux cantons sont : Auray, Gourin, Grand-Champ, Guer, Guidel, Hennebont, Lanester, Lorient 1, Lorient 2, Moréac, Muzillac, Ploemeur, Ploërmel, Pluvigner, Pontivy, Questembert, Quiberon, Séné, Vannes 1, Vannes 2, Vannes 3 (ci-contre la carte). Ce nouveau découpage, d’aucun appelle charcutage car c’est connu dans chaque ministre de l’intérieur existe une âme de charcutier pour favoriser son camp, est actuellement soumis au vote des conseillers généraux.

Découpage cantons 56 Ce redécoupage s’inscrit dans la droite ligne des réformes du gouvernement précédent, que poursuit l’actuel, qui visent la disparition ou tout du moins l’effacement des communes et des départements au profit des intercommunalités, des métropoles et des pôles métropolitains. Il est aussi à mettre en rapport avec la baisse des dotations de l’Etat et la refonte de la fiscalité locale engagée depuis 2011 avec la suppression de la taxe professionnelle ; l’unique but poursuivi étant de faire participer les collectivités territoriales à la baisse des dépenses publiques pour répondre aux injonctions de Bruxelles.

Cette proposition pour le Morbihan, à l’instar de ce qui se fait ailleurs, soulève nombre de questions. En quoi par exemple l’éloignement des conseillers départementaux de la population qu’ils représentent renforce la démocratie participative et citoyenne ? La solidarité territoriale, entre les différentes communes d’un même canton et de tout le département s’en trouve t’elle améliorée ? Les inégalités en termes d’emplois, d’aménagement du territoire seront elles réduites ? En somme, le service public sera t’il encore et mieux facteur de cohésion sociale ou va t’on connaître un transfert accentué vers le privé ? Enfin ce redécoupage correspond t’il aux bassins de vie et d’emplois du département ? Je ne le pense pas car ce qui guide le « charcutier » c’est la démographie, c’est à dire le nombre d’habitants. Exit donc la logique de coopération intercommunale, les notions de bassin hydraulique…

Et il convient aussi de regarder ce redécoupage en rapport à l’évolution des aires urbaines du département depuis plusieurs décennies. Il n’est pas utile d’être grand clerc pour voir qu’il s’agit de jeter les premières pierres d’une métropolisation de notre territoire : une façade atlantique qui concentre les activités économiques et bénéficie des migrations démographiques de par et autre des principaux réseaux routiers et ferrés, un arrière pays rural en voie de désertification où l’activité industriel dépérit notamment agroalimentaire.

Aires urbaines Bretagne De plus ce redécoupage s’accompagne d’un mode électoral unique en son genre : pourquoi faire simple quand on peut faire compliquer il est vrai. Si l’on peut comprendre la nécessité d’élargir la représentation féminine dans les assemblées départementales le scrutin binominal est plus que critiquable. Elire en même temps sur un même canton deux candidats de sexe différent mais de la même liste améliorera certes la parité mais surtout cela participera au renforcement du bipartisme au détriment du pluralisme qui est une richesse démocratique comme on peut le constater dans les conseils municipaux et les conseils régionaux. Le gouvernement du Président Hollande avait l’occasion de corriger une anomalie, le scrutin départemental étant la seule élection locale sans aucune représentation proportionnelle. Et bien non, il a préféré inventer un mécanisme déroutant pour la population qui ne fera qu’accentuer le fossé qui la sépare de ceux censés la représenter, qui renforcera cette image politicienne et élitiste de l’action publique.

Avec ce nouveau découpage du territoire et son mode de scrutin un recul démocratique s’amorce. Ils ouvrent la voie à d’autres remises en cause comme on peut le constater avec la loi relative à la modernisation de l’action publique territoriale et l’affirmation des métropoles. Il faut y voir aussi une manière policée d’imposer l’austérité. Voilà autant de raisons à manifester le 1er décembre à Paris.