Il Intervient sur 4 grands métiers :

• Production d’élevage de poulets et de dindes, avec des couvoirs et des usines d’aliment (800 000 tonnes)
• Produits frais (abattoirs, ateliers de découpe de poulets et de dindes, commercialisation pour la grande distribution)
• Produits élaborés cuits (panés, cordons bleu…)
• Le poulet export (premier opérateur, Moyen Orient, notamment)

Les difficultés du groupe s’expliquent du fait que les activités des produits frais sont concurrencées par les importations venant d’autres pays européens (Allemagne, Pologne… qui ont développé une filière avicole ces 10 dernières années), de l’augmentation du coût de l’aliment non répercuté sur le produit fini (céréales, protéines végétales qui font l’objet de spéculation permanente) et de l’endettement suite aux investissements réalisés au Brésil en lieu et place de ceux nécessaires à la modernisation de l’outil en France (450 millions d’euros).

En réalité ce qui se passe aujourd’hui chez Doux semble préfigurer une restructuration de toute la filière avicole bretonne. Et dans ce cas l’impact sur les emplois de l’amont (éleveurs, intégrateurs, transporteurs, portuaires…) et de l’aval (abattoirs, commerciaux…) serait important. La volaille est la 2ème viande consommée par les français (25 kg par an), la consommation mondiale est toute aussi forte. La France est encore le premier producteur en Europe. Selon une étude de l’INRA et de l’Institut Technique de l’Aviculture parue en 2009 la production mondiale de volaille croît de 3,8 % par an depuis 2000 mais elle décroît en France de 2,3 % par an, conséquemment aux accords de l’Organisation Mondiale du Commerce qui imposent un recul progressif des exportations subventionnées par l’Union Européenne via le dispositif de restitution de la Politique Agricole Commune (PAC).

Actuellement Doux c’est environ 4 300 000 poulets par semaine dont 3 500 000 congelés à l’export ; ce poulet congelé ne se fait qu’en Bretagne. Faut-il maintenir cette activité pour répondre aux marchés existants, ou prendre le risque de voir cette production partir ailleurs avec les conséquences sociales fortes qui en résulteraient ? La viabilité de cette activité Export repose essentiellement sur le maintien du dispositif d’aide à l’exportation, évoqué ci-dessus. Il n’y a que 2 entreprises françaises à se répartir ces aides (Doux et Tilly Sabco) qui comptent pour 20 % de leur Chiffre d’Affaires. Les repreneurs de Doux font des propositions pour préserver cette activité Export mais pour combien de temps ? Quel est le devenir de ce dispositif de restitution européen qui compense les différences de coûts entre l’Europe et le Brésil et les pays acheteurs (Moyen Orient notamment) ; dispositif qui va cesser en 2013 ? D’ailleurs les repreneurs potentiels disent à ceux qui veulent bien l’entendre la nécessité d’anticiper l’arrêt de cette activité en la programmant et en l’organisant sur le territoire français ; et il ne faut pas être devin pour voir que le dépeçage du groupe Doux va les y aider.

Autre question : les aviculteurs bretons doivent-ils sauver le soldat Doux pour préserver leur propre activité? Leur devenir est posé pour les 15 ans à venir en raison notamment d’un vieillissement des poulaillers : plus d’un sur deux à plus de 20 ans d’âge. Une alliance avec Doux ne constituerait qu’un sauvetage à court terme. D’autant plus précaire que l’outil de production Doux souffre d’une insuffisance d’investissements alors que tout appelle à sa modernisation (robotisation, relocalisation avec une production et une commercialisation de proximité sur le territoire…). Autre préoccupation à ne pas négliger : comment sécuriser les apports de matières premières ? Comment optimiser la production d’aliment de nature à sécuriser les élevages et les activités en aval pour sortir du piège de la spéculation sur les céréales? Peut-on produire local ?

Le modèle agricole actuel a été défini dans les années 60. Il a contribué à révolutionner l’agriculture au niveau de la planète toute entière. Mais comment la préserver avec un ultra libéralisme en quête de toujours plus de profit comme seul raison d’être ? Au regard des défis du XXIème siècle que sont la croissance de la population mondiale, la diminution de la surface agricole utile, du réchauffement climatique et de la limitation du recours aux produits phytosanitaires pour préserver la qualité des sols et de l’eau, il faut revoir ce modèle.

Agriculture, préservation de l’eau et accès à l’alimentation sont indissociables afin d’assurer la souveraineté alimentaire de 9 milliards d’habitants dans les prochaines années. Le moment est donc venu de repenser l’agriculture à la lumière des acquis et des progrès passés en pensant écologie et en réinventant une agriculture multifonctionnelle et territorialisée. L’Agriculture de demain doit assurer la nourriture de tous mais aussi développer des activités annexes qui apportent un complément de revenus aux paysans (polyculture et poly-élevage, production énergie, entretien des espaces à haute valeur écologique visant à préserver les écosystèmes, arbres fruitiers, bois…). La recherche agronomique doit être réorientée pour aider les paysans du monde à promouvoir une autre agriculture, en jouant sur leur complémentarité et non en exacerbant la concurrence qui les rend moins respectueux de l’environnement et de la biodiversité. Cette réflexion ne peut faire l’impasse d’une nécessaire interrogation pour réguler les échanges commerciaux et consommer autrement afin de privilégier la proximité, les circuits courts de distribution. Avec le Front de Gauche travaillons à une planification écologique pour redéfinir notre agriculture avec et pour l’humain d’abord.