Monsieur le Maire, chers collègues,

Le travail du dimanche est souvent abordé par l’angle économique alors qu’il constitue un enjeu social et sociétal éminemment politique ; en clair dans quelle société voulons-nous vivre ? Veut t’on être au service d’une société de consommation à tout va, alors que le pouvoir d’achat moyen stagne voire régresse, ou bien considérons-nous que l’Homme en tant qu’être social à besoin de temps pour mener des activités citoyennes, culturelles, sportives, amicales ou tout simplement vivre en famille ? Nous même dans cette enceinte, cette salle de conseil municipal, combien de fois n’évoquons nous pas le nécessaire vivre ensemble ! Alors, sommes-nous raisonnablement conformes à nos racines, à nos convictions en participant à la banalisation du travail du dimanche ?

On peut prétendre répondre à une demande de la société, encore faut-il s’interroger sur ce qui fait société. On peut aussi voir que cela favorise le développement économique, le commerce local ou de proximité, comme on aime à le dire, et donc l’emploi. Mais en vérité, le porte monnaie de nos concitoyens n’est pas aussi flexible que la volonté de certains à faire de l’ouverture des commerces le dimanche un temps de loisirs et d’évasion culturelle.

Porte monnaieEt pourquoi donc, lorsque l’accès aux services publics est de plus en plus virtuel, ne va t’on pas demain déclarer nos impôts par internet, faut-il que le seul jour de repos dominical soit celui consacré à l’action physique consumériste ? Notre conception de la société serait donc de sacrifier le seul jour qui nous rassemble, qui nous communie comme le diraient certains, au profit d’un dogme selon lequel cela sauverait le commerce de proximité. Il est curieux de l’entendre lorsque l’on ne prêche que pour la globalisation des marchés qui, elle, est rejetée de plus en plus dans les urnes par nos concitoyens. Certes, nous pouvons dans cette salle, les uns et les autres baisser notre regard sur cet ordre du jour du conseil et croire que notre vote est salutaire, mais ici, chacun de nous est comptable de ce qu’il fait et doit en assumer les conséquences en acceptant d’y mettre demain le prix social et politique.

Il n’est pas dans mon propos de dire que tout travail du dimanche est à bannir, un salarié sur trois travaille déjà le dimanche par obligation de service public ou en raison de son activité professionnelle en France ; mais je considère que ouvrir des commerces le dimanche doit rester exceptionnel. Le repos dominical est pour moi une règle intangible pour le vivre ensemble, c’est nécessaire à la cohésion sociale et familiale. Cela reste aussi pour nombre de salariés un moment de respiration qui permet de rompre avec le travail.

Bien sur il est inutile de me faire le coup du volontariat et du code du travail qui prévoit le doublement du salaire et l’attribution d’un repos compensateur. D’ailleurs, en aparté, si l’on se tenait qu’au seul article du code du travail relatif au repos du dimanche qui vaille, ce même code se trouverait allégé de nombreuses pages, vous qui aviez dénoncé son épaisseur lors d’un précédent conseil.

Photo jeune FdGEntre nous, il faut bien admettre que la notion de volontariat est tronquée lorsque vous avez des bas salaires, que vous êtes à temps partiel ; et qu’en plus, dans le commerce, inutile de se voiler la face, ce sont en majorité des femmes, des mères de familles, monoparentales parfois, qui sont concernées. A ce sujet, lorsque vous êtes cheffe de famille avec des enfants en bas âge ou des adolescents, où se trouve l’avantage si leur garde est plus couteuse que ce que rapporte une journée de travail du dimanche. Encore faut-il trouver une possibilité de garde. Pas une seule Assistante maternelle d’Auray ne travaille le dimanche. Alors êtes-vous prêt Mr le maire à ouvrir la crèche et le centre de loisirs Arlequin le dimanche pour répondre à cette problématique notamment en décembre 2017 où tous les dimanches seront travaillés ?

Je ne doute pas du résultat du vote de ce conseil, aussi je demande que la ville se dote d’un observatoire avec les partenaires sociaux pour s’assurer du respect des règles et d’identifier les difficultés rencontrées.

Pour en finir, ne comptez pas sur moi pour valider votre bordereau, d’autant plus, bien que pavé, le centre ville ne sera pas piéton en 2017, et encore moins ces dimanches d’ouverture.