Au regard de mes engagements, des actions que j’ai menées pour la réduction du temps de travail à cette époque, voire bien avant, avec d’autres, je ne puis admettre de remettre en cause cet accord. Rien n’est inscrit dans le marbre, des aménagements sont parfois nécessaires pour mieux prendre en compte les évolutions des besoins des populations; mais aujourd’hui, force est de constater que le dialogue social est souvent associé à une remise en cause des droits.

Vous vous appuyez sur le fait que la durée du temps de travail des agents d’Auray est en deçà du cadre légal de 1607 h. Soit, mais il aurait été utile de poursuivre d’autres objectifs qui soient de nature à montrer votre attachement aux services publics, au maintien et à l’amélioration du service rendu à la population, à l’amélioration des conditions de travail des agents, à une mutualisation des moyens.

Avec ce bordereau, vous redéfinissez les grands principes relatifs à l’organisation du travail pour les agents de la ville d’Auray. Au delà de fixer les durées de travail hebdomadaire et annuelle, de revenir sur le nombre de jours de RTT accordés à certains agents, en contrepartie d’un travail réalisé, il faut bien le dire, il y a encore quelques zones d’ombres quant à la définition des tableaux de service, à l’organisation des services à la population (horaire et amplitude d’ouverture, …). Tout cela fera l’objet de concertation dans les services dans les semaines à venir.

Permettez-moi de relever que les impacts économiques, budgétaires et sociaux ne sont pas énoncés dans votre bordereau ; mais les comptes rendus des diverses réunions de discussion, que vous avez eu avec les représentants du personnel, nous éclairent quelque peu. En faisant le lien avec certains de vos propos tenus ici même ou par voie de presse, nous pouvons être inquiets quant au devenir de certains emplois, à l’existence même de certains services rendus à la population, je pense à l’Ecole de musique que vous avez dans le collimateur notamment.

Car les coûts générés par vos propositions, l’adhésion au CNAS et votre prime de présentéisme, d’un montant total de 120 000 € à 150 000 €, il faut le dire, seront financés par les gains de productivité issus de cette nouvelle organisation du travail, auxquels il y a lieu d’ajouter les suppressions d’emplois déjà amorcées (par exemple : des agents contractuels au CCAS et ailleurs) ou les suppressions à venir, ou pouvant être considérées comme telles : le non remplacement de départ à la retraite ou d’agent absent pour maladie ou accident du travail, la non embauche de saisonnier en été par exemple. In fine, ce sont les agents de la ville et, il faut le dire, là aussi, les alréens qui vont payer la note.

Je voudrais aussi dire qu’il m’est difficile d’accepter un recul sur cette question de temps de travail lorsque les agents des collectivités subissent un gel des salaires : le point d’indice est gelé depuis maintenant 2010. A cela, il convient d’ajouter une hausse de la cotisation retraite. En cumulé, la perte est de plus de 100 par mois pour un agent de catégorie C ; rapportée à votre proposition de prime annuelle de présentéisme, le compte n’y est pas.

Je ne suis pas ici pour faire valoir le point de vue des représentants des personnels, des agents de la ville mais je suis à leur écoute. Ma crainte est de voir que votre proposition conduise à démobiliser le personnel, à désorganiser les services, à casser une dynamique, des ambiances qui ont demandé du temps et de l’engagement pour y parvenir, et comme déjà évoqué ici, génère de la souffrance au travail.

Pour conclure, nos agents ne sont en aucun cas un coût mais une richesse ; leur action dans la ville joue un rôle moteur pour le vivre ensemble. Il est dangereux de mon point de vue, à vouloir importer sans discernement les outils de gestion du privé dans le public, car cela conduit à remettre en cause l’objectif même du service public ; c’est à dire de traiter les usagers à égalité, de répondre à ceux qui sont le plus fragilisés, de renforcer le lien social et humain.

La recherche à tout prix de dégager une capacité d’autofinancement pour investir, dans ce contexte de baisse drastiques des dotations, par une baisse des coûts salariaux, par la suppression de services à la population ne peut s’avérer qu’improductive à terme. A quoi bon avoir de belles rues et de belles places si la misère éducative, culturelle et associative s’installe dans la ville.

Ma collègue et moi voterons par conséquent contre ce bordereau.

Ci-dessus mon intervention pour le CNAS.