Pas de quoi ébranler mes certitudes et m’amener à renoncer, mais quand même. Les salariés n’ont de salut que s’ils trouvent le chemin de la solidarité et de la fraternité, celui que leurs ainés ont emprunté pour conquérir des droits sociaux, pour résister au fascisme et autre forme d’oppression. C’est le chemin que j’ai choisi et que je m’efforce de partager.

De tout temps le patronat a bénéficié de l’aide directe ou conciliante des Gouvernements pour briser les grèves et autres actions revendicatives des travailleurs. Nous ne sommes plus à l’époque où l’armée était appelée à la rescousse pour mater les grévistes et les manifestants, y compris en faisant usage de leurs armes. Non maintenant les CRS s’en chargent et sans ménagement si nécessaire. Il est loin aussi ce temps où l’embauche de salariés pour remplacer les grévistes était prisée. D’ailleurs le patronat avait favorisé la création de syndicats maison pour cela au début du XXème siècle: les jaunes les appelait-on. Il est une entreprise qui en a usé : Citroën avec la Confédération Française du Travail dont les sbires aux méthodes violentes n’hésitaient pas à frapper voir à tuer les militants des autres organisations syndicales. Ces briseurs de grèves, qui prônaient la collaboration des classes sociales via la participation aux bénéfices, étaient avant tout des antis grévistes et … opposés à la main d’œuvre étrangère. Non maintenant on vire les salariés pour les remplacer par des intérimaires venus de Roumanie ou d’ailleurs, à l’exemple de Gad qui fait appel à une entreprise d’intérim étrangère pour procéder au transfert de l’activité de Lampaul Guimillau vers Josselin. Vive l’Europe … du fric !

Aussi une lutte fratricide entre salariés d’une même entreprise n’a rien de réjouissant. Les uns, licenciés, qui ont renoncé à leur participation pour sauver l’entreprise mais réclament un meilleur traitement de leur situation notamment une augmentation de leur indemnité de départ, se voient malmenés manu militari par les autres, qui ont encore dirais-je un emploi mais craignent de le perdre en raison des menaces proférées par leur patron. Et cet événement fait suite à d’autres attitudes ou actions : des organisations syndicales qui se refusent d’agir au côté des agriculteurs pour défendre l’agroalimentaire breton, des salariés, à l’appel de leurs patrons, débrayent pour dénoncer l’écotaxe…

Peut-on croire vaincre la crise capitaliste et financière qui nous mine avec des salariés qui se désolidarisent alors que l’histoire nous a montré que tous ensemble ils sont capables de changer la société. Malheureusement ils ont oublié qu’ils sont la principale force sociale du pays, que collectivement ils sont les bâtisseurs des mutuelles et autres œuvres sociales. En persistant dans cette voie, où l’homme n’est qu’un loup pour l’homme, où tous les coups sont permis, nous allons courir de désillusions en désillusions et renforcer cette idée, que nombre d’experts et de « sachants » nous assaillent à longueur de journée, que toute idée de changement n’est que mirage. D’autant plus surement que celles et ceux qui ont été portés au pouvoir l’an dernier pour changer cette société ultralibérale qui donne à vomir n’offrent que renoncement et capitulation devant le patronat et la finance.

Aujourd’hui les discours et actions du Président de la République et de son gouvernement laissent à penser que le changement promis s’inscrit dans la continuité Sarkozyste ; et ils me font craindre que « le glissement à droite du gouvernement ne favorise les provocations des hommes des trusts » comme l’écrivait André Tabare dans la Vie Ouvrière en 1947. D’ailleurs ce n’est pas la famille Peugeot qui va s’en plaindre, elle qui va se voir attribuée 2,8 milliards d’euros de dividendes sur les 6 milliards reversés aux actionnaires tout en bénéficiant du Crédit Impôt Compétitivité et Emploi (CICE). Ce qui correspond selon Gérard Filoche, membre du Bureau National du PS, à 8000 emplois payés 3150 € par mois durant 20 ans. Mais d’emplois il n’en est pas question d’en créer avec l’accord dit de sécurisation de l’emploi signé à cette heure en application de la loi qui a transcrit mot pour mot l’Accord National Interprofessionnel de flexisécurité (ANI) et adopté par la majorité socialiste au pouvoir. Cette même majorité qui a à nouveau voté il y a quelques semaines contre le monde du travail en adoptant une énième réforme des retraites, confortant ainsi les précédentes de droite.

« Un vote de la honte pour notre parti » c’est exclamé G. Filoche il y a peu. Oui honte à ces député(e)s qui se réfugient pour certains sur le fait qu’il n’y a pas eu beaucoup de manifestants dans les rues pour s’y opposer. Mais qu’ont-ils dans les yeux ? Ils ne brillent pas de courage. Attention, la rue est calme, peu de pieds la foulent mais ici ou là une colère mêlée de dépit, de désespoir et de rage gronde. Elle nourrit les haines et les rejets de toutes sortes. Jour après jour ce forge le sentiment d’une trahison, d’un abandon qui gravés dans les mémoires va coûter cher aux élections mais aussi à la République, au vivre ensemble.

Je suis indigné. Avec une pareille politique ils font « le lit de la défaite ». Hier Brignoles, demain la Bérézina. Après le Traité Européen, le CICE, l’ANI, la hausse perpétuelle des impôts, la baisse des dotations aux collectivités, la poursuite de la réforme territoriale de Sarkozy … et peut être demain l’extension du travail du dimanche et de nuit sans contrainte, la remise en cause du droit du sol … je ne vois plus pourquoi leur accorder un vote à l’avenir, des municipales aux européennes …aux autres scrutins qui vont suivre. Mais alors comment exister et résister ?