Ramener le plan de circulation du centre ville à cette seule question c’est avoir une vision étriquée de la problématique des déplacements en ville et de son urbanisation. Pour satisfaire une partie de son électorat, la municipalité fait fi de toute réflexion, de toute réelle concertation et ignore la genèse des aménagements opérés ou programmés par les équipes municipales précédentes. Elle ne s’est même pas donné le temps d’en prendre connaissance.

Un plan de circulation doit répondre aux besoins des usagers de la voirie et des espaces publics, de tous et non de quelques uns, en conciliant activité économique et vie sociale. Il doit permettre de renforcer la sécurité des plus fragiles, le piéton en premier lieu, et de faciliter l’accessibilité des personnes à mobilité réduite et/ou en situation d’handicap. Il doit aussi contribuer à fluidifier la circulation des véhicules motorisés grâce à une signalétique et à des aménagements adaptés de la voirie et du stationnement. Il doit favoriser le caractère résidentiel du cœur de ville pour fixer un chaland. Enfin il doit participer à la mise en valeur du patrimoine de la ville. In fine parler de plan de circulation c’est accepté de partager les espaces, de repenser la ville pour qu’elle soit plus belle, dynamique et de son temps. La municipalité a fait un autre choix : celui de satisfaire en partie une catégorie professionnelle au détriment de sa population qui s’était favorablement exprimée en 2011 pour la piétonisation.

AirepietonneStgoustan.jpgLa concertation a été le fil rouge de la réflexion sur l’aménagement du centre ville et les déplacements urbains de 2008 à 2013 ; de nombreuses réunions de travail et d’échanges se sont tenues avec les services de la ville, les acteurs économiques et les élus. Une enquête téléphonique avait été réalisée du 15 au 22 décembre 2011 sur un échantillon représentatif de la population alréenne de 600 personnes. De cette enquête il en était sorti que près de 80 % des personnes interrogées, tous âges confondus, étaient favorables à la piétonisation des rues du Lait et du Belzic les samedis après midi. Et parmi les 484 commentaires émis alors, les Alréens soulignaient qu’il est plus agréable de se promener et faire les magasins quand c’est piéton, d’autant plus que les rues concernées sont étroites et sans trottoirs, non conçues pour une circulation automobile intense. Ils relevaient que cela rendait la rue plus sécurisante notamment pour les familles avec des enfants et pour les personnes âgées ou en fauteuil.

Quant à la place Gabriel Deshayes, interdire son accès à l’automobile en 2007 participait à un projet d’aménagement d’ensemble des déplacements qui priorisait l’accès aux parcs de stationnement et luttait contre le transit en cœur de ville. A titre d’information la rue du Lait aujourd’hui supporte environ 3 200 véhicules par jour dont 640 en transit (soit 20 %). Certes, en matérialisant cette interdiction par seulement du mobilier urbain, son intérêt n’apparaissait pas réellement aux yeux des Alréens et autres visiteurs. C’est pourquoi j’avais initié une ébauche d’aménagement en 2010 pour marquer cette entrée du cœur de ville et renforcer la visibilité du parvis de l’église St Gildas. Faute de budget l’étude ne fut pas poursuivie.

Ces problématiques de piétonisation et de circulation sont ressorties de l’étude menée en 2012/13, dont l’objectif était de consolider l’urbanité du centre-ville avec une mise en valeur du patrimoine. Le pari d’aménagement retenu portait sur une piétonisation raisonnée du cœur de ville liant les parvis de l’église et de la mairie au quartier de St Goustan, et la création d’un circuit de circulation automobile pour relier entre eux les parcs de stationnement.

Aujourd’hui la municipalité nouvellement élue vient d’anéantir plusieurs années de travail. Il lui sera difficile de rendre demain aux piétons le cœur de ville et d’y réduire la place de la voiture. Le stationnement Place de la République a de beaux jours devant lui. Et l’urbanisation par les promoteurs aussi !