Hollande et le SPDCe discours semble interpeller mais en soi il n’est pas nouveau ; il est conforme aux précédents propos tenus par François Hollande qui à Berlin au congrès du SPD le 5 décembre 2011 disait :"Vous avez fait des réformes importantes ici en Allemagne. En France, elles ont trop tardé". Et lorsque l’on dresse le bilan des mesures fortes prises par le gouvernement depuis juin 2012 et celles annoncées (pacte de compétitivité, accord de flexisécurité du travail, retraite, allocations familiales, Unedic…) il y a là une forte convergence avec le programme du SPD qui en 11 ans de présence au pouvoir, de 1998 à 2005 avec le gouvernement Schröder puis de 2005 à 2009 en coalition avec la droite d'Angela Merkel, a bouleversé le marché du travail et la protection sociale en Allemagne sous couvert d’une feuille de route dénommée « Agenda 2010 ». C’est ce même agenda 2010 qu’a resservi François Bayrou à la télévision sur LCP le 12 octobre 2011: "Il faut une majorité centrale pour faire ce qu'on fait les Allemands avec l'agenda 2010" ; de là à comprendre son appel à voter Hollande au second tour des Présidentielles de 2012… et le positionnement de certains élus MODEM dans la deuxième circonscription du Morbihan qui ont soutenu la candidate socialiste… Mais en quoi ces réformes allemandes sont-elles si séduisantes ?

Les réformes de Schröder ont pris le nom de « réformes Hartz », du nom de leur inventeur : Peter Hartz, ancien directeur des ressources humaines chez Volkswagen. Elles visaient à améliorer la compétitivité des entreprises, à baisser le coût du travail et à lutter contre le chômage considéré comme volontaire, donc à insister au retour au travail via une précarisation de l’emploi et une baisse des indemnités chômage. Elles ont donné naissance à une série de contrats de travail précaires, de courte durée et moins taxés dits « Minijobs » et « Midijob », payés entre 400 et 800 euros par mois. Concernant les chômeurs une batterie de mesures a été pondue pour baisser l'indemnisation des chômeurs de moins de 25 ans qui vivent chez leurs parents, réduire la durée d'indemnisation du chômage de 32 mois à 12 mois, et créer des « Jobs à 1 euro de l'heure » même si une convention collective prévoit un salaire minimum. Au-delà, les chômeurs se sont vu accorder une allocation d'environ 350 euros à condition d'accepter les emplois qui leur sont proposés, allocation réduite de 60% en cas de deux refus la même année et supprimée au troisième refus. Ensuite la période d'essai des contrats de travail a été allongée de 6 à 24 mois (comme le prévoyait en France le CPE) et les entreprises peuvent désormais embaucher des salariés de plus de 52 ans avec une période d'essai illimitée. Ce sont des millions d’allemands qui ont été contraints d’accepter ces emplois précaires qui fragilisent ceux à Temps Complets et les systèmes de protection sociale car ils créent de fait une terrible concurrence entre chômeurs et salariés.

Graphe du chômage 2013Quant aux retraites le taux moyen de remplacement va passer de 70 % à 64 % d'ici 2030, les montants des pensions sont indexés sur le ratio entre retraités et actifs et une décote est introduite pour les départs avant 65 ans dans un premier temps car l’âge de départ est reporté de 65 à 67 d’ici 2029. En conséquence en 2007, moins d'un tiers des nouveaux retraités avaient un emploi stable durant les trois années qui ont précédé leur départ à la retraite et le nombre de personnes qui subissent une décote ne cesse d’augmenter: près de 60% en 2008, contre 12% en 2000. Cette politique se paie au prix fort pour les plus faibles : 6,5 millions de salariés touchent moins de 10 € de l’heure brute, 2 millions de travailleurs moins de 6 €/h brute (soit un salarié sur cinq), le salaire moyen a baissé de plus de 4 % ces dix dernières années (on en prend le chemin en France… selon les derniers chiffres de l’INSEE qui annonce un recul du pouvoir d’achat). Le nombre de personnes vivant au dessous du seuil de pauvreté est passé de 8 à 15 millions de personnes en une dizaine d’années ; et cette pauvreté touche essentiellement les jeunes adultes et les enfants, les familles monoparentales notamment les femmes seules avec enfants qui ne peuvent avoir de travail à temps plein en raison d’un manque criant de places en crèche. En conclusion la réussite n’est pas pour tout le monde : selon une étude Eurostat (institut de statistiques européen) les chômeurs allemands sont plus exposés à côtoyer, voir à basculer dans la pauvreté, tandis que le nombre de riches croit en s’enrichissant de plus en plus.

Print - copieEst-ce cela le changement promis aux français ? Le salut des travailleurs français serait-il dans l’acceptation de l’inacceptable ? Nous serions-nous trompés à l’insu de notre plein gré en 2012 ? La célébration du 70ième anniversaire de la création du Conseil National de la Résistance il y a quelques jours nous invite au combat, à résister. Mettons à profit la période qui s’ouvre avec les futures échéances électorales de 2014 et 2015 pour porter nos exigences mises en débat depuis 2011 avec le programme du Front de Gauche « L’humain d’abord », pour une alternative à l’austérité qui nous mine.